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Les réserves d’eau potable menacées

Une alerte lancée par notre communauté de communes : «Les réserves d’eau potable menacées par l’arrosage nocturne des pelouses», «Le réseau actuel ne permet pas de faire face à de telles consommations déraisonnables».

https://www.mairie-saintremydeprovence.com/risque-de-manque-deau-en-raison-de-larrosage-nocturne-des-jardins/?fbclid=IwAR2H3X-7JXoVdeRpCEaBEYA-WZjAtqbdAyvdYNt4SwtUr0WdY_VO2wGvpg0                         

Oui, certains gaspillent, le plus souvent ceux qui en ont les moyens et ne comptent pas ! Mais cette mise en cause des habitants du territoire ne dédouane-t-elle pas ceux chargés de son aménagement ? Les alertes ont pourtant été nombreuses ces dernières années, concernant l’eau en général, pas uniquement l’eau potabilisée.

Le rapport régional du SRADDET** (2020) signale que 2618 ha de terres agricoles et naturelles ont été artificialisés dans notre territoire rhodanien entre 2000 et 2014. Dans le chapitre consacré aux ressources, ce rapport s’inquiète pour l’alimentation en eau et propose que les territoires «engagent des démarches pour préserver les ressources en eau souterraine, à commencer par les nappes phréatiques et les aires de captage et assurent le bon fonctionnement de ces milieux». Tâche compliquée face à l’augmentation de la population voulue par nos élus, à l’étalement des communes au détriment des sols qui jouent un rôle fondamental dans le cycle de l’eau (stockage, filtration, enrichissement en minéraux), aux lotisseurs qui suppriment les réseaux d’arrosage gravitaire présents sur les terrains qu’ils aménagent, à la multiplication des forages pour usage récréatif, aux nouvelles pratiques agricoles avec l’arrosage au goutte à goutte des oliveraies et des vignes, autrefois en culture sèche ou irriguées par les canaux.

D’autres études sur les ressources en eau du territoire auraient dû interpeller nos élus : Le SDAGE** note que l’état chimique de la nappe alluviale de la Durance, sollicitée par l’alimentation en eau potable de notre territoire est considérée comme médiocre (étude 2009) , très vulnérable à une pollution accidentelle qui pourrait intervenir sur la Durance. On peut rajouter qu’elle est victime de toutes sortes de polluants «non accidentels» dont les pesticides, les engrais chimiques, les infiltrations de fosses septiques non conformes, des rejets industriels.

Le SDAGE préconise de «délimiter les ressources faisant l’objet d’objectifs plus stricts et /ou à préserver en vue de leur utilisation future pour l’alimentation en eau potable».

Selon une étude de l’INSEE 2019 sur l’industrie du tourisme et l’afflux de visiteurs dans le territoire Alpilles : 600.000 y passent au moins une nuitée. «L’influence du tourisme sur l’aménagement du territoire, la consommation énergétique, la consommation d’eau ou encore les émissions de polluants en fait une problématique transversale» (Rencontres du Tourisme Durable PACA avec focus sur le PNR Alpilles. 2013). Mais puisque la région, le département, les communautés de communes (et les communes, chacune tirant la couverture !) et le PNR ont des compétences dans ce domaine, on est très loin d’une gestion cohérente et soutenable de ce secteur économique.

La préservation de la ressource et de la qualité de l’eau a été imposée aux communes, notamment leur évaluation et leur prise en compte dans les documents d’urbanisme.

La déclaration des forages est obligatoire (mais hélas sans la pose de compteurs).

Avec la loi Labbé le «zéro-phyto» s’impose dans les espaces verts municipaux.

La loi Brottes expérimente depuis 2013 une tarification sociale de l’eau (selon la composition ou les revenus d’un foyer) et des tarifs incitatifs en fonction de la quantité d’eau consommée. Localement, des actions proposées sous portage du PNR ont (auraient?) démarré en 2018/19: «mise en place d’un réseau de surveillance piézométrique afin de commencer à acquérir des données reflétant l’évolution des ressources et des masses d ‘eau souterraines, une réflexion en cours avec le BRGM** et l’Agence de l’Eau».

Encore et toujours des études, des réflexions, des diagnostics, des rapports, des préconisations… à quand des actions concrètes ? Ne faudrait-il pas commencer par changer de registre lexical, remplacer le parler actuel : «croissance, agrandissement, augmentation, expansion, dynamisme» par partage, sobriété, respect de l’environnement, solidarité avec les générations futures ?

**SRADDET: Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Egalité des Territoires.

**SDAGE: Schéma Directeur d’Aménagement et de gestion des eaux

**BRGM: Bureau de Recherches Géologiques et Minières.

Lectures conseillées: FNE : fne.asso.fr/dossiers/eau.

Encyclopédie des Alpilles de Guy Barruel et Nerthe Dautier, chapitre sur la nappe alluviale de la Durance, les sources et les aquifères karstiques.

Article du journal Le Monde daté 5/6 septembre 2021 : «Oui, un autre gazon est possible ! »